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Alexandre Bour, l'art du «savoir-fer»

L'obsession de cet artiste vivant à Nancy, c'est le fer. Alexandre Bour manie, tord et (mal)traite avec poigne et tendresse les fils métalliques jusqu'à leur donner une forme humaine, étrangement habitée. La Ville de Nancy a fait appel à son talent pour une commande artistique qui habillera le kiosque de la place Monseigneur-Ruch, pendant les Fêtes de Saint-Nicolas. Rencontre.

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Le rendez-vous est donné chez Mary Coiffe les Hommes, situé au 7 place Saint-Epvre. Non pas pour se rafraîchir les tempes mais parce que le plasticien y expose une série d'œuvres jusqu'à mi-novembre. Elles sont en fils métalliques, graciles, presque vivantes. On devine déjà son amour du corps en mouvement, qui transpire sur chaque mur du salon, pour le plaisir d'une clientèle déjà choyée. 

Alexandre Bour est né en 75 à Nancy mais grandit à Neufchâteau, loin de toute considération artistique. Il quitte les Vosges à 19 ans pour intégrer, sans réelle ambition, l'École d'architecture de Nancy. C'est le déclic. Il ne sera pas architecte mais développe au contact de ses collègues de promo (« un nid d'énervés très brillants », comme il se plaît à les décrire), une furieuse envie de vivre, de découvrir l'art, de toucher à tout : le dessin, la vidéo, la mise en scène, la lumière, le cinéma expressionniste allemand, la danse, la musique et, plus encore que le reste, la sculpture. Alors en quête de matière bon marché à travailler, il trouve facilement son bonheur chez les ferrailleurs. Les fils de cuivre et de fer deviennent son créneau, jusqu'à forger son tempérament monomaniaque. 

Des rencontres déterminantes

Ses œuvres attirent d'abord l'attention dans les bars et brasseries de la cité ducale, au P'tit Bazar ou encore au TOTEM et des relations fortes assoient, au fil du temps, son statut d'artiste. Elle est « fusionnelle intellectuellement, presque violente » avec Jean-François Denisse-Philippot ; « déterminante » aux côtés de Didier Gary, qui lui ouvre les portes du collectif Oz Theaterland (32 place des Vosges) ; « complice » avec Sébastien Boland, qui le fait rentrer à la Halle aux Blancs Manteaux, au cœur du Marais, où l'intelligentsia parisienne s'éprend à son tour de son art peu commun. 

Difficile pour l'artiste plasticien de décortiquer ses œuvres, réalisées instinctivement, la plupart du temps au beau milieu de la nuit. On peut le faire pour lui ! Elles dégagent une élégante sensualité, une poésie onirique, une humanité aussi légère qu'idéalisée et semblent s'animer par magie autour d'un axe rotatif. La mise en lumière, qui transperce autant qu'elle nourrit le métal ajouré, leur confère un caractère hiératique lorsque l'éclairage provient du bas ou convoque au contraire une ombre démoniaque en éclairage zénithal.

L'amour plane sur les fêtes

Si Alexandre Bour collabore à ce jour exclusivement avec la galerie Charron et participe aux plus prestigieuses foires d'art contemporain (Art Elysées, Art Karlsruhe, Art Bodensee...), l'homme n'est pas du genre à se gargariser de son succès. Pourtant, son visage s'illumine lorsqu'il annonce sa prochaine mission : décorer la vitrine du kiosque de la place Monseigneur-Ruch, en face de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation, pendant les Fêtes de Saint-Nicolas. Des œuvres, gardées secrètes, qui seront en accord avec le thème de l'édition 2019, l'amour, comme avec son style. « Ça me rappelle l'enfance, quand je m'extasiais devant les vitrines des galeries Lafayette. C'est certainement le but ultime pour tout artiste : s'orienter vers l'institutionnel. » C'est tout le bien qu'on lui souhaite et on y croit dur comme fer.